Les jeunes filles et les TIC en Guinée

0
Aminata KABA Directrice Adjoint de l'ARPT

En marge de la célébration de la journée internationale de la jeune fille dans le secteur des TIC le 25 avril dernier, notre rédaction est venu à la rencontre Mme KABA, Directrice adjointe de l’Autorité de Régulation des Postes et des Télécommunication (ARPT), pour nous faire un tour d’horizon sur l’utilisation des TIC par la gente féminine en République de Guinée.

Aminata KABA Directrice Adjoint de l'ARPT1- Mme la Directrice pouvez-vous nous faire  l’état des lieux sur l’utilisation des TIC par les jeunes filles et   les femmes en Guinée ?

Pour faire l’état des lieux, il faut des données fiables au niveau du secteur des TIC collectées auprès des différents acteurs. A ce jour, nous n’avons pas de données exactes et chiffrées en ce qui concerne l’utilisation des TIC par les jeunes filles et femmes en Guinée. Mais ce qui reste clair le taux est faible que ce soit en Guinée ou dans le reste du monde d’où l’importance de prendre des actions afin que cela change.

2- Bien qu’il ait une croissance   des institutions d’enseignements et de formations techniques et technologiques ces dernières années dans notre pays, ainsi que l’organisation des activités liées aux TIC, le nombre de jeunes filles qui optent pour les filières techniques et technologiques restent encore très faible. Qu’est ce qui explique ce faible taux de représentativité ?

Il est vrai qu’en termes de formation, au niveau des filières techniques, les jeunes et les jeunes dames sont très peu représentées. Cela s’explique de façon simple. Ce sont des filières qui sont généralement présentées comme étant réservées aux hommes. Les jeunes filles ont souvent peur des nouvelles technologies et pensent très souvent à tort d’ailleurs, que celles-ci sont trop compliquées et souvent est pas à leur portée. Voilà une des raisons pour lesquelles elles ne veulent pas s’orienter vers ses formations. C’est pourquoi, il y a un réel besoin de sensibiliser dans ce sens et de briser ce mythe, d’encourager les jeunes filles  en mettant en place des programmes spécialisées de mentorats et des bourses d’études et/ou de formation pour motiver ses jeunes filles et les attirer vers ses formations techniques et/ou scientifiques.

Il est essentiel de leur faire comprendre l’importance des TIC et surtout leur expliquer que les métiers orientés vers le domaine de la technologie sont les métiers d’avenir.

Le numérique représente aujourd’hui le futur, on ne peut tout simplement plus s’en passer donc il faut inverser la donne pour avoir plus de jeunes filles évoluant dans le numérique.

3- D’où le sens de l’organisation de la Semaine numérique dont nous sommes à la 4ème EDITION avec les images des jeunes filles sur une affiche publicitaire ?

4ème Edition Innovation daysVous venez de le dire sur tous les supports publicitaires de la compétition d’innovation dénommée “Innovations Days”  qui une des activités principales de la semaine nationale de l’entrepreneuriat dans le numérique qui se déroulera cette année du 11 au 14 Juin 2019 à Conakry, il y a effectivement une jeune fille en tête d’affiche. Cela n’est pas le fait du hasard, mais plutôt fait pour que les jeunes filles comprennent que les TIC sont aussi faits pour elle. C’est pour les encourager à y participer. L’image de cette ancienne lauréate des éditions précédentes renvoie un message très fort et cela est important. Vous savez, on a tous de besoin de s’identifier à quelqu’un. Lorsqu’une jeune fille ou une jeune femme voit sa mère faire quelque chose, très souvent elle a envie de faire comme cette dernière car elle trouve cela normal. Donc, si de plus en plus de femmes sont présentes dans le secteur des technologies, beaucoup de jeunes filles voudront faire comme ses mères, sœurs ou tantes. Cette image de cette jeune fille présente sur les affiches de cette compétition, vont pousser plus de filles ou jeunes dames à oser ou vouloir s’inscrire à ce concours car elles vont plus aisément s’identifier à cette affiche et ce dire si celle-ci peut le faire alors pourquoi pas moi. D’ailleurs, j’encourage vivement les jeunes filles ayant des projets innovants à s’inscrire à la compétition « Innovations Days » sur le site web www.semainedunumerique.gov.gn.

4- Quelle est la particularité de cette 4ème Edition?

Le thème de cette 4eme édition est « Notre révolution numérique ». Nous souhaitons mettre en avant le savoir-faire guinéen pour les guinéens et le reste du monde. Il est important de montrer comment est-ce que la Guinée est entrain d’amorcer la 4eme révolution industrielle, quelles sont les initiatives en cours, faire comprendre au public les opportunités, les enjeux et perspectives pour notre pays. Il est fondamental que les guinéens comprennent et surtout puissent tirer profit des multiples avantages qu’offrent les TIC mais aussi les utilisent de façon responsable. Rappelons que les TIC représentent aujourd’hui l’un des secteurs les plus transversaux qui soit. On ne peut tout simplement plus ne pas utiliser le numérique ou parler d’évolution dans un domaine sans le numérique.

5- Cet évènement sera telle une occasion pour attirer l’attention de la gente féminine sur les numériques ?

La semaine du numérique représente l’occasion idéale pour encourager les jeunes filles à embrasser les carrières techniques. Il y a toute une série d’activités qui se déroulera durant cette semaine. En plus de la finale de la compétition « Innovations days », plusieurs tables rondes seront animées par des experts autour des thématiques liées aux TIC dont celui de l’entrepreneuriat féminin dans le numérique, des ateliers de formation et un salon de découvertes d’innovation technologique. Il y aura également la présentation des projets numériques fait par certaines écoles des 5 communes de la capitale Conakry et une ONG s’occupant des personnes vivant avec un handicap. Ces élèves dont une majorité de filles, seront initiés au codage de façon ludique et créative puis seront mis en compétition. Il faut noter que les préparatifs de ces projets sont faits en amont de la semaine du numérique.

6- Au niveau de votre institution, existe- t-il des initiatives dans ce sens ?

A l’ARPT, nous avons déjà une initiative avec la Jeune Chambre Internationale pour l’initiation des jeunes filles à l’outil informatique et à la bureautique. A date, nous avons déjà initié plus de 500 jeunes filles aux TIC dans le cadre de ce projet.

Il est important que les jeunes filles maitrisent les outils informatiques, apprennent à coder et à développer des applications pour faciliter leur insertion socio-professionnelle et leur autonomisation. Il faut que les jeunes filles et les femmes s’autonomisent davantage en se servant des TIC, afin qu’elles puissent se lancer plus facilement dans l’entreprenariat grâce au numérique.

7- Quelle stratégie devrait exister dans les entreprises pour encourager ces jeunes filles à évoluer dans les domaines techniques ?

Au niveau des entreprises, il faut mettre en place plus de stratégies orientées vers les femmes, des plans de formations spécifiques pour renforcer les compétences techniques, mettre en place des plans de carrières pour encourager les jeunes filles évoluant dans ce domaine ou leur permettre de s’orienter ou de rester dans leur domaine de compétence mais en y associant une composante technique telle que les technico-commerciaux, la communication ou le marketing digitale , l’audit informatique entre autres. Il est essentiel aussi qu’à compétence égale, d’encourager la promotion et le recrutement des femmes à des postes de responsabilité dans les domaines techniques pour qu’elles servent d’exemples voire de modèles aux autres.

8- Quel est votre sentiment aujourd’hui, en tant que   femme ingénieur de Télécom et Manager dans une des plus grandes institutions techniques du pays ?

Mon impression est qu’il y a beaucoup de choses qui restent encore à faire pour que les femmes puissent s’orienter et évoluer dans le secteur des TIC. Ça commence à changer dans beaucoup de pays mais on peut mieux faire.

Il faut une prise de conscience à tous les niveaux, une réelle volonté politique en Guinée et partout ailleurs. On doit davantage encourager l’entrepreneuriat féminin via le numérique, accroître la représentativité des femmes évoluant dans ce secteur à de très haut niveau hiérarchique, multiplier les initiatives et programmes spécifiques de développement des compétences des jeunes filles dans les TIC. On doit absolument mettre en place des programmes de mentorats pour guider et orienter les filles vers les nouvelles technologies , initier et intéresser les petites filles au codage dès le primaire. Bref on doit tout simplement multiplier les initiatives visant à sensibiliser, à encourager, à motiver, à orienter et à accompagner les jeunes filles dans les TIC.

Comme exemple, il y a l’initiative « Equals » qui est une initiative globale créée par l’UIT et ses partenaires pour réduire le fossé numérique au niveau du genre en favorisant, l’accès à la technologie aux jeunes filles, le développement des compétences des filles et femmes dans les sciences et technologies , et la promotion des femmes à des postes de décisions dans les métiers liés aux TIC.

9- Votre mot de la fin

Vive la journée Internationale de la jeune fille, vive l’équité entre les hommes et les femmes. Tous mes encouragements aux jeunes filles et femmes qui veulent embrasser les filières techniques. Je souhaiterais leur dire qu’Il suffit juste de vouloir, pour y arriver. Tout est à notre portée et est possible si on s’y attèle. On peut allier notre passion et nos compétences pour réussir dans le monde de la technologie et y accomplir nos rêves. De nos jours, le ciel n’est même plus notre limite, l’univers aujourd’hui est notre limite. Ne nous fixons pas des limites quand on a du potentiel ou parce que nous sommes des femmes, essayons plutôt de saisir l’opportunité que nous offrent les TICs pour briser les barrières et vivre nos rêves.

Je vous remercie.

Entretien Réalisé par : Abdoulaye JUNIOR BAH 

LAISSER UNE REPONSE

S'il vous plait entrer votre commentaire!
S'il vous plait entrez votre nom ici